1993-1997 Du National à l’Inter de Milan

Guivarch

Du National à la coupe d’Europe en trois ans

Bertrand Salomon décide alors de donner un grand coup de balai. Il fait appel à Françis Smerecki qu’il associe à Yvon Schmitt dont la connaissance des arcanes guingampais s’avèrera très précieuse. Le duo s’appuie sur une génération exceptionnelle de jeunes joueurs bretons composée de Stéphane Guivarc’h, Claude Michel, Christophe Le Roux, Stéphane Carnot, Nicolas Laspalles, Lionel Rouxel qu’encadrent parfaitement Angelo Hugues, Hubert Fournier, Richard Leconte et Jean-Luc Vinuesa. L’alchimie se fait instantanément. Cette équipe incarne la renaissance des valeurs guingampaises. Le Roudourou déserté un temps, retrouve un public qui s’identifie à cette équipe solidaire, volontaire et talentueuse à l’image de se son trio offensif Guivarch, Rouxel, Carnot. En Avant survole son championnat de National et retrouve la Ligue 2. Avec quasiment la même équipe, Smerecki réussit l’exploit de hisser le club en Division 1 pour la première fois de son histoire. En Avant achève sa superbe saison dans le sillage de l’OM battu au Vélodrome par l’EAG grâce à un but du jeune martiniquais Charly Coridon.

Comme un symbole, c’est l’habituel serviteur Coco Michel qui inscrit le but synonyme de D1 face à Toulouse le 27 mai 1995. La foule des supporters est en liesse, l’euphorie a gagné les esprits mais le plus dur commence. Le buteur Stéphane Guivarch quitte les Côtes d’Armor pour Auxerre, les candidatures ne se bousculent pas pour renforcer un effectif que les spécialistes ont déjà condamné avant les trois coups du championnat. Riche de son vécu collectif, En Avant va déjouer tous les pronostics en cette saison 1995-96. Le village d’irréductibles gaulois remporte son premier match parmi l’élite face à Martigues (2-0, Divert et Rouxel) avant d’aller chercher le point du match nul au Parc des Princes face aux stars du PSG. Le train « rouge et noir » est lancé. Pour cette première saison parmi l’élite, En Avant bâtit ses succès en s’appuyant sur une arrière-garde ultra performante. Le gardien Angelo Hugues ne concède que 5 buts lors des 19 rencontres disputées à Roudourou. Renforcée par Xavier Gravelaine en novembre, l’équipe de Smerecki termine à la 10e place (son plus mauvais classement). Une position presque inespérée dix mois auparavant qui permet surtout de participer à la coupe Intertoto. Cerise pour le gâteau, En Avant atteint en cette saison 1995-96, les ½ finales de la coupe de la Ligue, battu par Metz (2-1) après avoir éliminé le PSG, Nantes et Marseille.

stéphane carnot

De la Finlande à la Russie

À l’intersaison, Xavier Gravelaine a pris la direction de Marseille, Hubert Fournier, celle de Moechengladbach outre Rhin. Ces départs sont compensés par l’arrivée de l’international polonais Marek Jozwiak. Un dur à cuire qui va former avec l’international roumain Georghe Mihali une charnière aussi intransigeante que dure au mal. En ce début de saison 1996-97, les « Rouge et noir » sont donc invités à disputer la coupe intertoto en guise de matchs de préparation. Antichambre de la coupe de l’UEFA, cette compétition offre aux Guingampais un tour d’Europe improbable qui les promène de la Finlande (Jaro 0-0) à la Georgie (Polti, victoire 3-1). Vainqueurs des Roumains du Dinamo de Bucarest (2-1) et des Serbes de Zemun (1-0) au Roudourou, les « Rouge et Noir » se qualifient pour la 1/2 finale de l’épreuve où ils sont opposés aux Russes du Kamaz Chelny.

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Battus à l’aller en Russie (0-2), les coéquipiers de Coco Michel renversent complètement la tendance au retour en Bretagne. Eric Assadourian, Stéphane Carnot, Daniel Moreira et Christophe Horlaville inscrivent les quatre buts d’une victoire historique sur la scène européenne (score final 4-0). Un succès acquis de haute lutte qui offre le sésame pour la finale de la coupe intertoto dont le vainqueur se voit qualifié pour la coupe de l’UEFA. En difficulté au match aller en Russie, les Guingampais reviennent battus de Volvograd (2-1) mais en ayant inscrit le fameux but à l’extérieur par Christophe Horlaville, l’exploit est tout à fait envisageable. Dans un stade du Roudourou remonté comme une pendule en cette chaude nuit d’été du 20 août 1996, En Avant sait qu’un succès sur le score de 1-0 le qualifie pour l’UEFA. La rencontre est âpre et indécise jusqu’à la 76e minute et ce corner direct victorieux de Stéphane Carnot qui fait chavirer le stade. La défense résiste jusqu’au bout aux assauts des Russes. En Avant vient d’écrire la première ligne de son palmarès.

Le grand Inter de Milan au Roudourou

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À l’évidence, Smerecki et sa troupe se sont pris au jeu. Entre temps, l’attaquant libérien Christopher Wreh, prêté par Monaco, est venu renforcé le secteur offensif. Trois jours après son arrivée en Bretagne, Wreh joue un sale tour à son ancien club, en inscrivant les deux buts du succès d’En Avant (2-1) sur les stars monégasques que sont Fabien Barthez, Enzo Scifo, Sony Anderson, Thierry Henry ou Emmanuel Petit. Ce succès de prestige intervient juste après l’annonce du tirage au sort du premier tour de la coupe de l’UEFA. Pour ses premiers pas sur la scène européenne, En Avant ne pouvait pas rêver plus belle affiche. C’est le grand Inter de Milan qui foulera la pelouse du Roudourou le 10 septembre pour un match aller qui suscite autant d’engouement que de curiosité. Ce Guingamp-Inter, constitue en quelque sorte un remake footbalistique d’Astérix contre les Romains revisité par les deux coachs Françis Smerecki et Roy Hogdson.

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Sous l’oeil des caméras de Canal+ et de son duo vedette de commentateurs, Thierry Gilardi et Michel Platini, En Avant bousculent les « Nerazzuri ». Les internationaux Djorkaeff, Angloma, Zanetti, Bergomi, Zamorano, Sforza, Ganz, Ince et le gardien Pagliuca savent traverser les tempêtes sans encombre. L’Inter fait parler son froid réalisme à trois reprises (Ganz 24’, Djorkaeff 71’ sp et Sforza 87’). Au micro de Canal, Michel Platini ne peut s’empêcher de lâcher  » Guingamp aurait pu s’imposer 3-1 pour s’incliner 3-0″. La qualification s’est en volée dès le match aller, reste à disputer un match retour sans enjeu mais pas sans intérêt. Dans la cathédrale de San Siro, les Guingampais obtiennent un match 1-1 grâce à un but de Christopher Wreh (75’), bien servi par Daniel Moreira, qui répond à l’ouvetrure du score de Branca (8’). L’honneur est sauf, « Guingamp a été à la hauteur de l’évènement » souligne Aimé Jacquet. Cet intermède européen, renforce la confiance du groupe. En Avant obtient un maintien aisé, voit Vincent Candela devenir le premier guingampais à porter à la fois le maillot d’En Avant et celui de l’équipe de France A. Guingamp séduit, se relâche parfois mais devient un adversaire respecté et redouté. La formation de Smerecki possède le profil-type d’une équipe capable de bien figurer en coupe. Cette impression se confirme par le parcours dans l’édition 1996-97 de coupe de France.